Le transmédia est-il l’avenir de la médiation culturelle ?

Apparu pour la première fois en 1991, le terme de “transmédia storytelling”, se définit comme un “processus dans lequel les éléments d’une fiction sont dispersés sur diverses plateformes médiatiques, dans le but de créer une expérience de divertissement coordonnée et unifiée”. Initialement exploité par la pop culture, le transmédia se diffuse dans d’autres secteurs et les institutions culturelles n’hésitent pas à s’en emparer.

Le transmédia a la particularité d’être un dispositif immersif et participatif. Pour les institutions, il présente un double avantage : un tel projet peut mettre en avant une programmation, ou des collections, mais également permettre d’impliquer le visiteur, et de toucher une tranche d’âge plus jeune. Il existe aujourd’hui divers exemples de dispositifs transmédia, mis en place par les musées et institutions culturelles.

En 2017, la Région Nouvelle Aquitaine a décidé à l’aide de plusieurs partenaires institutionnels de lancer un nouveau dispositif transmédia : les Voies d’Aliénor. Le dispositif permet de retracer la vie épique d’Aliénor d’Aquitaine à travers différents moments-clés de son existence, tout en valorisant le patrimoine de la Nouvelle Aquitaine. L’histoire se déploie sur plusieurs supports : une application mobile (proposant des contenus multimédias comme une bande dessinée, et une carte interactive), un site internet, mais également un dispositif utilisant de la réalité augmentée.

Conformément aux logiques transmédiatiques, des pans entiers de la narration sont délibérément laissés « en construction ». Ce fonctionnement permet à l’utilisateur d’être impliqué dans le projet, et peut apporter du contenu supplémentaire (enrichir les personnages historiques, raconter des épisodes de la vie d’Aliénor non renseignés à ce jour, etc.). Le public est alors acteur du dispositif.

Transmédia et Opéra

Début 2017, le Théâtre des Champs-Élysées a présenté une nouvelle production du « Retour d’Ulysse », inspirée de l’oeuvre d’Homère. La création d’une œuvre collective est une première dans le monde de l’Opéra !

L’Odyssée de Pénélope, propose un voyage illustré par un blog dans lequel la Reine d’Ithaque narre son quotidien, ainsi que l’activité riche et multiple de son royaume. L’histoire est également transposée au Théâtre des Champs-Élysées, pendant les quatre mois de l’aventure.

De nombreux supports ont été déployés autour du spectacle. Les Dieux de l’Olympe tiennent le Hermès Mag, tandis que l’Office de Tourisme d’Ithaque et les personnages (Pénélope, Télémaque, Mélantho, Eumée) prennent vie sur les réseaux sociaux. Le dispositif transmédia comporte aussi une chaîne Youtube, une exposition d’affiches animées, des livrets d’opéra enrichis et twittés par les personnages, des illustrations, un blog interculturel sur la découverte d’Ulysse, des jeux ludiques autour de l’opéra, etc.

Mais quels sont les avantages d’un tel projet pour le théâtre ?

Tout d’abord, c’est une façon de désamorcer les préjugés définissant l’opéra comme un art élitiste et inaccessible, en donnant un aspect ludique, créatif et intergénérationnel. De plus, en utilisant les usages numériques des jeunes, c’est également un moyen de les inciter à venir à l’Opéra. La mise en place d’un tel projet, permet également de créer des synergies entre les écoles, universités et institutions partenaires, notamment par la réalisation de différents dispositifs.

Mnémosyne, un chatbot transmédia

En 2018, le Centre des monuments nationaux (CMN) a décidé de mettre en lumière les graffitis anciens présents dans une trentaine de monuments de son réseau, en organisant «Sur les murs, histoire(s) de graffitis ». Pour l’occasion, neuf monuments ont accueilli des expositions valorisant les graffitis anciens mais aussi des créations contemporaines d’artistes invités à grapher dans ces monuments ou aux alentours.

À cette occasion, le CMN a lancé “Mission Graffiti”, un jeu d’enquête et d’aventure transmedia. Jusqu’au 16 septembre, les joueurs étaient invités à percer le mystère des graffitis pour sauver les muses, menacées par la fureur de Chronos et de Chaos. C’est dans cette perspective qu’Ask Mona Studio a réalisé avec le CMN le chatbot “Mnémosyne”, intégré à ce jeu transmédia. En mettant en place ce projet, le CMN souhaitait avant tout mettre en avant différents monuments auprès des joueurs en mêlant le jeu d’enquête en ligne et la visite in situ.

L’intérêt d’intégrer un chatbot dans le jeu est d’apporter une couche d’interactivité au joueur, tout en présentant les divers personnages du jeu. Le chatbot s’insère ainsi dans le scénario général. Il permet d’offrir une forme de lien entre le jeu, l’enquête et les monuments.

Ainsi les dispositifs transmédias permettent d’élargir le champs d’expérimentation, notamment pour rendre la médiation plus interactive. Les publics deviennent alors des acteurs à part entière de l’expérience. Aujourd’hui, ces différentes expériences peuvent être la clé pour séduire de nouveaux publics toujours plus exigeant.